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Plantes envahissantes

Le point sur l’article sur le myriophylle dans La Presse+ du 9 juillet

 

Vous avez peut-être vu un article sur le myriophylle par le journaliste Tristan Péloquin, dans La Presse+ du dimanche 9 juillet 2017. Je n’ai pas été contacté pour cet article (je l’avais été l’an dernier pour un autre produit par ce même journaliste). Dans l’ensemble, le contenu est correct, mais on trouve plusieurs inexactitudes ou affirmations erronées. Ici le point sur cet article par Claude Lavoie.

LA PRESSE+ :

Au lac à la Truite, à Sainte-Agathe-des-Monts, le problème de myriophylle est devenu si sérieux que des résidents se sont regroupés pour contester leur évaluation foncière devant le Tribunal administratif du Québec, affirmant que la valeur de leur maison est durement touchée par le problème. En réaction, la municipalité a demandé l’aide du Fonds de défense de la Fédération québécoise des municipalités.

CLAUDE LAVOIE : il y a quatre études scientifiques qui font effectivement la démonstration que le myriophylle peut nuire à la valeur des propriétés riveraines, mais la meilleure, effectuée chez nos voisins du Vermont, montre que ce n’est le cas que lorsque la couverture du lac par cette plante passe au-delà de 40 % de la superficie du plan d’eau. Cela a pour effet de faire chuter la valeur de 1 et 16 %.

LA PRESSE+ :

 « Ces riverains veulent dépenser 120 000 $, minimum, pour mettre des patentes [toiles de jute] qui n’ont pas d’allure dans le fond des lacs, alors qu’on n’a pratiquement aucune preuve de leur efficacité. Moi, je n’embarque pas là-dedans », lance le maire Delisle. Selon lui, le problème du myriophylle risque de toute façon de se résorber de lui-même depuis que le nombre d’embarcations motorisées a été diminué de 50 % sur le lac Quenouille ces dernières années.

CLAUDE LAVOIE : l’efficacité des toiles de jute reste en effet à démontrer scientifiquement, mais le problème est moins leur efficacité que le coût et, surtout, la nature de l’opération qui exige pour être efficace qu’un herbier de myriophylle soit recouvert dans sa totalité, opération très difficile sans moyens mécanisés. Il existe en effet des cas de lacs où le problème du myriophylle s’est résorbé de lui-même, mais c’est très aléatoire et la cause est inconnue. Une fois le myriophylle bien installé, le fait de réduire le nombre de bateaux n’aura aucun effet sur la plante. Il est probablement vrai que le passage répété des bateaux fragmente la plante (cela n’a jamais été dûment testé), mais on oublie que la plante se fragmente aussi elle-même : c’est sa stratégie naturelle de dissémination.

LA PRESSE+ :

Pour les tenants de la toile de jute, des problèmes administratifs rendent aussi la lutte difficile. « Nous faisons face à beaucoup de problèmes bureaucratiques », confie Rob Perrins, cofondateur de Block-Aid, une entreprise qui a créé une barge spéciale qui déroule des rouleaux de jute au fond des lacs pour combattre le myriophylle. L’entreprise dit avoir été contactée par une quinzaine d’associations de lacs québécois qui ont réclamé ses services. Le ministère de l’Environnement, qui délivre les certificats d’autorisation au compte-gouttes, refuse que la toile soit maintenue au fond du lac avec des sacs de sable. Les fonctionnaires imposent plutôt des blocs de béton, qui doivent être déposés à l’aide de chaloupes. « Ça empêche l’automatisation du processus, et ça augmente considérablement les coûts, dit-il. C’est absurde, parce qu’ils justifient l’interdiction des sacs de sable en disant que ça peut nuire à l’habitat des poissons, alors que nous cherchons justement à rétablir cet habitat en éliminant le myriophylle. » « Certains fonctionnaires semblent comprendre qu’il y a urgence d’agir, mais personne n’ose mettre sa tête sur le billot », ajoute M. Perrins.

CLAUDE LAVOIE : le lien entre la qualité de l’habitat du poisson et la quantité de myriophylle n’est pas aussi clair qu’on tente de le faire croire. En admettant qu’il y en ait un – ce qui est possible – il n’est pas clair non plus que l’habitat sera restauré par un ajout massif (on parle de tonnes) de sable avec la technique développée par Block-Aid. Même si je suis plutôt favorable au développement technologique proposé par Block-Aid, en ce sens que la machine qu’ils ont développé est la seule qui puisse permettre de recouvrir rapidement de vastes étendues de myriophylle, je comprends la réticence des biologistes de la faune du Gouvernement du Québec quant à cette solution.

LA PRESSE+ :

 « Les gens ont tendance à croire que le myriophylle est propagé par les bateaux à moteur, mais un kayak, un canoë ou un pédalo peuvent faire des ravages encore pires puisqu’ils naviguent beaucoup en eaux peu profondes, où se trouvent les grandes concentrations de myriophylle », souligne le président de l’Association des propriétaires du lac Quenouille, Benoit Huet. « Les gens doivent aussi savoir que s’ils aperçoivent une talle de myriophylle en face de leur chalet, la pire chose qu’ils puissent faire, c’est l’arracher. Laissez-la tranquille et appelez notre association, c’est le mieux que vous puissiez faire », suggère-t-il.

CLAUDE LAVOIE : affirmation (kayak, canoë, pédalo) exagérée, sans fondement scientifique. En outre, l’arrachage est au contraire à peu près la seule technique dont l’efficacité a été très bien démontrée par la science, en autant que cela se fasse dans les règles de l’art, par des professionnels, et que l’on ramasse les plants arrachés.

LA PRESSE+ :

Le myriophylle semble avoir été introduit par les canards qui avaient des semences accrochées à leurs pattes.

CLAUDE LAVOIE : affirmation sans fondement, ce n’a jamais été démontré et par ailleurs, la propagation par graines est un phénomène marginal chez cette espèce.

LA PRESSE +

Dans certains cas, les herbiers deviennent tellement denses qu’il semble que la plante finit par s’étouffer par sa propre ombre.

CLAUDE LAVOIE : affirmation sans fondement, d’autant plus que le myriophylle pousse même privé de 95 % de la lumière (très bien démontré).

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